Être humain à l’époque des neurosciences et de l’intelligence artificielle implique d’explorer soigneusement les nœuds de complexité où des idées valables sont néanmoins en tension, manifestant des subtilités et des défis qu’il ne faut pas négliger. Chaque page exprime la ou les tensions existantes entre des idées et dans chaque thème, apparues dans les discussions collectives, et sont ensuite complétées par un éclairage des chercheurs du réseau NHNAI.
Complexité transversale n°5 : l’IA et l’écologie

Les discussions NHNAI révèlent une profonde tension concernant les relations entre l’IA et la transition écologique ou les questions environnementales.
D’une part, les technologies d’IA peuvent être utilisées pour s’adapter au réchauffement climatique et le combattre. Par exemple, l’IA est efficace pour prévoir les catastrophes climatiques futures, garantissant ainsi la sécurité des habitants. En outre, l’IA peut réduire la pollution et les émissions de gaz à effet de serre, et surveiller la santé des écosystèmes. Elle peut également contribuer à lutter contre les activités illégales et dangereuses qui nuisent à la préservation de l’environnement et de la biodiversité.
Cependant, d’un autre côté, les technologies d’IA peuvent avoir un impact important sur l’environnement et la biodiversité. Le développement rapide et excessif des technologies d’IA ne semble pas compatible avec la transition écologique, car il utilise beaucoup de ressources (métaux, eau, énergie…) et augmente le réchauffement climatique en augmentant les émissions de gaz à effet de serre. C’est particulièrement le cas de l’IA générative.
Compte tenu de l’impact considérable de la technologie sur l’environnement tout au long de son cycle de vie, devons-nous utiliser l’IA pour préserver la biodiversité et l’environnement ? Une « IA vertueuse » est-elle possible ?
Comment recevez-vous ces éléments de synthèse ? Font-ils échos à vos réflexions, à votre vécu ?
Eclairages par les chercheurs :
La contribution de l’IA à l’atténuation du changement climatique : le cas du Kenya
L’intelligence artificielle (IA) joue un rôle important dans l’atténuation du changement climatique au Kenya et en Afrique en général, en améliorant la prise de décision fondée sur les données, en favorisant l’utilisation durable des ressources et en améliorant les systèmes d’alerte précoce et d’intervention. Tout d’abord, l’une de ses contributions les plus importantes réside dans l’analyse et la prévision des données climatiques. Les modèles d’IA peuvent traiter de grands ensembles de données, notamment des images satellites et des relevés météorologiques, afin de prévoir des phénomènes météorologiques extrêmes tels que les sécheresses, les inondations et les vagues de chaleur. Cette capacité permet ainsi aux gouvernements, aux agriculteurs et aux communautés d’anticiper et de se préparer aux défis liés au climat, réduisant ainsi leur vulnérabilité. Dans le domaine de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, l’IA soutient le développement de pratiques résilientes au climat. Elle recommande des cultures résistantes à la sécheresse et à maturation rapide, optimise les calendriers de plantation et guide les besoins en irrigation à l’aide de modèles prédictifs. Grâce à l’utilisation de technologies agricoles intelligentes combinant la télédétection et l’apprentissage automatique, l’IA améliore les rendements agricoles tout en minimisant l’impact environnemental. En outre, dans le secteur de l’énergie, l’IA améliore l’efficacité énergétique en prédisant la demande et en améliorant l’intégration des sources d’énergie renouvelables telles que l’énergie solaire et éolienne dans les réseaux nationaux. Elle soutient également le déploiement de micro-réseaux et de systèmes énergétiques intelligents dans les zones rurales, contribuant ainsi à un avenir énergétique plus propre et plus durable.
En outre, l’IA contribue à la gestion des ressources naturelles en suivant la déforestation, en surveillant la dégradation des sols et en gérant les ressources en eau en temps réel. Cela permet à son tour d’améliorer les efforts de conservation, tels que le reboisement et la restauration des écosystèmes, et aide à surveiller la biodiversité et les schémas de migration de la faune sauvage affectés par le changement climatique. De même, dans le domaine de l’urbanisme, l’IA soutient le développement d’infrastructures résilientes au climat en modélisant les risques climatiques et en optimisant les systèmes de transport et de construction afin de réduire les émissions et l’impact environnemental. Un autre domaine d’impact essentiel est celui de la préparation aux catastrophes et des systèmes d’alerte précoce. Les technologies d’IA améliorent la capacité à détecter les catastrophes naturelles et à y répondre en simulant des scénarios, en identifiant les zones à haut risque et en orientant les plans d’intervention d’urgence.
De plus, l’IA soutient le financement et les politiques climatiques en aidant les gouvernements à suivre les émissions de carbone, à concevoir des systèmes de crédits carbone et à élaborer des politiques environnementales fondées sur les données. Notamment, l’IA transforme également l’agriculture grâce à l’agriculture de précision, qui aide les agriculteurs à prendre des décisions éclairées à partir de données en temps réel collectées par des capteurs, des drones et des technologies mobiles. Cela inclut la surveillance de l’humidité du sol, de la température et d’autres conditions environnementales afin d’optimiser l’utilisation de l’eau, des engrais et des pesticides, augmentant ainsi la productivité tout en réduisant l’impact environnemental. Par exemple, au Ghana, l’IA est utilisée pour analyser les images satellites et les données météorologiques afin de prévoir les rendements agricoles et de gérer les ressources plus efficacement, permettant ainsi au gouvernement de formuler des politiques agricoles éclairées qui favorisent à la fois la productivité et la durabilité.
En conclusion, l’IA est un puissant catalyseur de la lutte contre le changement climatique en Afrique. Son efficacité est maximale lorsqu’elle est intégrée aux systèmes de connaissances locaux, aux technologies mobiles et à la participation communautaire. Utilisée de manière responsable, l’IA offre un potentiel transformateur pour bâtir un continent africain plus résilient et durable face au changement climatique.

